Ce silence qui n’est pas vide

5 juillet 2020 à 6:50

Ce silence qui n’est pas vide

Apprivoiser le silence, découvrir la méditation, apprendre à prier… c’est vital ! Mais comment éveiller à l’intériorité les jeunes en quête de spiritualité et de sens ?

Notre monde plein d’activités, de bruits, d’informations, de sollicitations, fait naître la peur du vide. Internet, téléphone cherchent à combler cette peur du néant. Les professionnels des média le disent : il ne faut aucun « blanc » sinon le public va zapper !

Les jeunes qui font la queue à la cantine du collège n’arrêtent pas de parler ou bien sont tous rivés sur leur lecteur MP3, sur leur jeu vidéo de poche.

Le résultat : on ne sait plus se retrouver face à soi-même. Cela fait peur car le silence fait surgir des questions existentielles telles que : pourquoi je vis ? D’où je viens ? Où je vais ? On a peur de ces questions car il n’y a pas de réponse toute faite. Elles renvoient au sens de la vie.

 

L’intériorité pour devenir soi-même

La peur vient aussi du fait qu’aujourd’hui, dans notre société, « l’individu se valorise dans le dépassement de ses limites », nous dit Jean-Guilhem Xerri1. « Il se sent condamné à réussir. Il ne s’agit pas d’atteindre un but mais d’être toujours plus. Cela fait naître l’angoisse de l’échec, la peur de ne pas être à la hauteur. » Peut-être, poursuit Jean-Guilhem Xerri, « que le « but » fondamental n’est pas à chercher dans des performances ou des dépassements extérieurs mais du côté de notre vie intérieure. »

Les Pères de l’Eglise le disent : Il ne s’agit pas de naître biologiquement pour être humain, mais il faut naître en quelque sorte une seconde fois en participant au monde de l’Esprit, celui de l’Etre, de la source de la vie. « Il s’agit non pas de devenir un autre mais tout autre ; en fait de devenir soi-même. »1

Mais, pour cela, il faut y consentir. Il ne s’agit pas de dépassement de soi mais de « traversée de soi ». D’où la nécessité de vivre une intériorité, que l’on soit croyant ou non. « L’intériorité est de l’ordre d’une ouverture vers un au-delà de moi, qui me fait goûter autrement à la vie et contribue à nourrir ma quête de sens. »1

 

Diverses façons d’exprimer son besoin d’intériorité

Le Pape, dans son exhortation « Christus Vivit », parle ainsi des jeunes : « Nous reconnaissons chez certains jeunes un désir de Dieu, bien que ce désir n’ait pas tous les contours du Dieu révélé. Chez d’autres, nous pourrons entrevoir un rêve de fraternité, ce qui n’est pas rien. Chez beaucoup, il y a un désir réel de développer les capacités qui se trouvent en eux pour apporter quelque chose au monde. Chez d’autres, nous observons une sensibilité artistique spéciale ou une recherche d’harmonie avec la nature. Chez d’autres, ce peut être un grand besoin de communication. Chez beaucoup d’entre eux, nous trouvons un profond désir d’une vie différente. Il s’agit de vrais points de départ, d’énergies intérieures en attente et ouvertes à une parole de stimulation, de lumière et d’encouragement. »

Ce sont ces énergies en attente, cette quête de lumière auxquelles l’éducation à l’intériorité cherche à répondre.

 

 

La Parole de Dieu, chemin d’intériorité

La Parole de Dieu vient en écho à cette quête de sens. C’est ce qu’a bien compris le père Guy Dermond en proposant depuis déjà 40 ans des temps de désert lors de camps ou de week-ends de jeunes. L’idée est de leur permettre d’intérioriser la Parole de Dieu. En hébreu, le mot « désert » veut dire : « Quoi de la Parole ? » ou « Qui est la Parole ? » A partir d’un Evangile et de quelques questions ou petits récits qui éclairent le texte, les jeunes méditent en silence pendant une heure, sur fond musical, dans un cadre soigneusement préparé qui favorise le recueillement.

Puis pendant l’heure suivante, ils peuvent participer à un atelier d’expression sur le même thème (dessin, poterie, photo-langage, …), mais c’est toujours le temps de désert et si on peut échanger quelques mots par nécessité, le calme reste de règle.

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