Don Bosco et les rois de Piémont – Savoie

7 août 2018 à 4:45

Don Bosco et les rois de Piémont – Savoie

Don Bosco respectait et aimait ses souverains, tout en donnant son avis lors de certaines réformes qui s’en prenaient à la religion et au Pape. Deux rois ont été bienveillants à son égard et soutiens de ses œuvres : Charles-Albert et Victor-Emmanuel II. Qui était ces rois ?

 

Charles-Albert (1831-1849) intervint en faveur de l’Oratoire de Don Bosco

Le roi Carlo-Alberto a été l’objet de jugements impitoyables de la part des historiens, même si des études récentes développent une opinion plus équitable. Il hérite d’une situation difficile, car ses deux prédécesseurs ont mené une politique réactionnaire de restauration de l’Ancien Régime après les bouleversements de l’Empire napoléonien. Il promulguera le « Statut fondamental de la monarchie de Savoie », en date du 4 mars 1848, qui en fait une monarchie constitutionnelle, et qui, même si elle reste peu démocratique, tempère fortement l’absolutisme royal. Il accepte des réformes, notamment la libéralisation de la presse, l’émancipation des Vaudois et des Juifs, et favorisera la culture, la religion et l’instruction populaire.

Un souverain avisé

Dans l’effervescence des mouvements libéraux de 1848, il se laisse entrainer dans la première guerre d’indépendance contre l’Autriche ; le désastre de Novara le conduit à l’abdication et à l’exil à Porto, au Portugal, où il mourut peu après. Dans le domaine de la politique quotidienne, il ne fut pas un roi indécis, mais un souverain avisé, énergique et généreux. Son soutien aux œuvres sociales et caritatives en faveur des classes les plus pauvres, comme celles du Père Cottolengo ou de Don Bosco en sont la preuve.

Il intervint en faveur de l’Oratoire de Don Bosco dans ses débuts, alors que des membres du gouvernement et des personnages de la bourgeoisie s’effrayaient des hordes de jeunes menées par le jeune prêtre audacieux, qui menaçaient la tranquillité publique. Il prêtait une oreille favorable au Comte Giuseppe Provana, admirateur et bienfaiteur de Don Bosco, qui le tenait informé des développements de l’œuvre. Le Roi était convaincu que ce prêtre faisait beaucoup de bien aux jeunes abandonnés. Il ne se contentait pas de paroles, mais il envoyait régulièrement une aide sonnante et trébuchante, lors du nouvel an, ou en d’autres occasions. Lorsque le Conseil Municipal mit en discussion l’éventuelle fermeture de l’Oratoire, le Roi fit savoir qu’il voulait protéger et promouvoir ces réunions festives : « S’il y avait des désordres possibles, disait-il, que l’on prenne des mesures préventives ! » A sa mort, Don Bosco fit prier ses jeunes pour le bienfaiteur et protecteur des Oratoires.

Victor-Emmanuel II (1848-1878) : un sain réalisme politique.

Vittorio-Emmanuele secondo succède à son père au plus fort des turbulences provoquées par les révolutions libérales qui secouent toute l’Europe. Il fera preuve d’un bon sens solide et d’un sain réalisme politique. Il sera d’ailleurs aidé par des premiers ministres de haut vol, Massimo d’Azeglio et Camille Benso de Cavour.
A partir de novembre 1849, Don Bosco s’est mis en quête de réunir la somme nécessaire pour l’achat de la maison Pinardi. Il s’adresse au gouvernement et envoie une supplique au roi Victor-Emmanuel ; il demande des secours pour ses trois oratoires : Saint-François-de-Sales, San Luigi et Angelo custode. Le roi lui verse 400 lires.

Don Bosco, encouragé par ce geste, s’adresse aussi au maire de la ville et au ministre de l’intérieur. Une commission, chargée d’une enquête sur l’œuvre, la reconnait d’utilité publique. Le gouvernement octroie 1000 lires, et le roi, sollicité à nouveau en décembre, en ajoute mille.

Lorsque Don Bosco voulut construire une église sur son terrain, il introduisit les demandes nécessaires au conseil municipal qui fit diligence pour approuver le projet. Le roi, encore une fois sollicité, intervint pour favoriser les autorisations.

Don Bosco lui écrivit en lui révélant ses songes

Don Bosco a toujours manifesté sa loyauté et même son affection pour le Roi, mais cela ne l’empêcha pas de lui faire savoir son opinion lors de débats visant la suppression des couvents, projet de loi qui se faisait sans entente préalable avec le Saint Siège, en dépit des accords passés. Dans sa réprobation de la loi en question, Don Bosco épargnait Victor-Emmanuel. Il attribuait « le mal dont souffrait le pays » à des ministres qu’il qualifiait de « vendus » et de « gens de mauvaise foi ». Il lui écrivit en lui révélant ses songes, – faits à deux reprises -, annonçant de grandes funérailles à la cour. Dans le mois qui suivit, la famille royale pleura la reine mère Maria Teresa, âgée de 54 ans, ensuite l’épouse du roi, Marie Adélaïde, âgée de 32 ans, et enfin son frère, le duc Ferdinando. Mais les choses étaient déjà trop engagées, l’opposition défavorable aux privilèges des religieux était trop forte, de sorte que le roi ne désavoua pas ses ministres.

Du reste, la famille royale a soutenu Don Bosco, notamment lors des grandes loteries de 1857 et de 1862. La première fois, le roi acheta deux fois cinq-cents billets, disant, paraît-il : « Aidons ce pauvre diable de prêtre ! Mais à condition qu’il ne m’écrive plus certaines lettres ! » La seconde fois, il en acheta mille d’un coup. Les princes Umberto, Amédée et Eugène offrirent quant à eux des objets précieux comme lots.
Quelques jours avant la mort du roi, Don Bosco donna l’ordre de reprendre la prière en faveur du roi, qui avait été suspendue par l’évêché. Il avait anticipé la mort du souverain. Dans une lettre où il faisait écho aux funérailles royales, il se réjouissait que le roi ait reçu les sacrements, et il commentait : « Espérons que sa Majesté a ainsi assuré le salut de son âme ». Don Bosco qui pensait toujours au salut de ses jeunes avait le même souci pour son roi !

Famille Salésienne