Vœux définitifs du frère Lionel Touron : à la suite de Jean Bosco… et de Madeleine Delbrêl

20 août 2022

Vœux définitifs du frère Lionel Touron : à la suite de Jean Bosco… et de Madeleine Delbrêl

Le frère Lionel Touron prononcera ses vœux définitifs comme salésien de Don Bosco le jeudi 25 août, à Ressins, en clôture du grand rassemblement des 13-25 ans de la famille salésienne, le CampoBosco. Rencontre.

Avec son sourire malicieux et sa voix calme, Lionel a toujours une citation de saint ou une phrase d’Evangile pour se sortir des mauvais pas. Ne faut-il pas être dingue aujourd’hui pour s’engager dans l’Eglise ? Ne faut-il pas être fou pour prononcer ses vœux définitifs comme frère salésien de Don Bosco à 48 ans ? « Certainement, répond-il en souriant. Antoine Chevrier, le fondateur du Prado, disait : Si tu as besoin d’un fou, Seigneur, me voici ! »

Alors, le voilà, Lionel. Cet enfant de la banlieue parisienne (le Val d’Oise), issu d’une famille communiste, athée, engagée au service des autres et pétrie d’humanisme (« Le seul barbu dans la famille, c’était Karl Marx ! », plaisante-t-il), qui s’engage dans la vie active, à la Compagnie générale des Eaux, après un bac pro maintenance des systèmes mécaniques automatisés.

A l’hôpital

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais il est découvre le scoutisme (à 24 ans), le service des jeunes, le métier d’éducateur, les colos. « Ma vocation baptismale est profondément liée à ma vocation d’éducateur », relit Lionel. Car à l’époque, le jeune homme n’est pas encore baptisé. Il le sera en avril 1999, à presque 25 ans. « J’avais subi quelques mois auparavant une agression et je me suis retrouvé hospitalisé. Là, sur ce lit d’hôpital, je me suis interrogé sur le sens de la vie. J’ai senti profondément que Dieu me demandait de transformer mon cœur de pierre en cœur de chair. Par le baptême… »

C’en est terminé de l’industrie pour Lionel. Le voici aide-éducateur. Il travaille notamment pendant cinq ans (de 2001 à 2006) auprès d’enfants malentendants dans une école élémentaire de Seine-Saint-Denis, avec « un directeur qui m’a beaucoup marqué, m’a donné confiance ».

« Mais qu’as-tu fait de ton baptême ? »

Là encore, l’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais en 2009, dix ans après son baptême, Lionel vit une vigile pascale (la veillée du samedi soir de Pâques) dans une petite église de campagne dans l’Oise. « J’avais 35 ans et j’étais entouré de vieux. Mais j’ai ressenti fortement en moi Dieu m’interpeller : mais qu’as-tu fait de ton baptême ? » Lionel décide de frapper à la porte du service diocésain des vocations de Pontoise. Le voici sur un chemin qui devrait le conduire tranquillement vers la vocation de prêtre diocésain. Mais…

Mais un jour, le prêtre qui l’accompagne, le père Alex, lui dit : « Ah, je te verrais bien chez les Salésiens de Don Bosco ». « Je ne connaissais par les Salésiens, j’ai donc pris rendez-vous à Argenteuil avec le père René Quemener. Mais… je n’y suis pas allé ! ».
Le temps passe, Lionel continue son parcours au sein du diocèse de Pontoise et l’une de ses enseignantes, la philosophe Marguerite Lena, l’interpelle : chez les sœurs, je te verrai bien Xavière. Mais, connais-tu Jean-Marie Petitclerc ?

Dieu a dû insister

Et voilà qu’au séminaire, où Lionel ne se sent pas très heureux, hésitant sur cette voie vers la prêtrise, un prêtre bénédictin, en confession, lui glisse : « Et les salésiens de Don Bosco, vous connaissez ? » C’est la troisième fois. Trois interpellations. Trois appels extérieurs. « Dieu a dû insister », conclut, en souriant, Lionel, soulignant que « ce n’est pas facile. C’est intimidant tout ça. Il faut écouter et se laisser faire… surtout pour quelqu’un comme moi qui n’a pas grandi dans un environnement religieux ».

L’équipe permanente de l’AEPCR, à Paris avec, de gauche à droite, Aline, Lionel, Yahia (le directeur), David et Massi.

Mais cette fois, le message est passé. Lionel frappe à la porte des Salésiens et effectue un séjour de découverte à la communauté de Lille. Avant de partir pour le noviciat, d’une année, en Italie. Depuis, Lionel, dans le cadre de sa formation de religieux salésien, est passé par Lyon, Giel, Caen et Farnières (en Belgique). Mais c’est à Paris qu’il a posé les valises, s’occupant d’ados de 12 à 17 ans au sein de l’association salésienne du quartier, l’AEPCR : accompagnement à la scolarité, jeux, etc. « Je suis un fils de l’éducation populaire et c’est là que je suis heureux », souligne-t-il.

Avec d’autres frères salésiens, à Ressins, lors d’un tournoi de foot.

Et d’évoquer la (grande) figure de Madeleine Delbrêl (1904-1964) : « J’ai eu un coup de foudre spirituel pour Madeleine. C’est ma grande sœur spirituelle. Elle me parle tous les jours, elle a permis de lier ma foi et mes origines familiales ». Il faut dire que la similitude des parcours est troublante : une fille née dans une famille indifférente à la religion, passée par le scoutisme et convertie à 20 ans, qui fit le choix de la banlieue rouge (Ivry-sur-Seine), comme assistante sociale, au service des plus pauvres et mettant au cœur de sa vie la Parole de Dieu. « C’était une femme toute simple, qui savait s’occuper des gens. Ça me convient bien : je suis quelqu’un de discret… Le service humble, la vie communautaire et la présence discrète : voilà. »

B. DESEURE

Famille Salésienne