Fr. Georges Hopital, salésien : « Don Bosco a eu une vie extraordinaire »
20 mai 2026
Monsieur Georges Hopital, un frère salésien à l’allure frêle mais toujours étonnamment actif, entre dans sa centième année. Un nom comme prédestiné puisque la quasi-totalité de sa carrière a été accomplie comme infirmier auprès de l’école technique de Nice. Une mission menée avec un grand dévouement.
1927, l’année où Charles Lindbergh traverse pour la première fois l’Atlantique en avion. C’est l’année de votre naissance, M. Hopital.
Oui, je suis né à Arc-lès-Gray, pas très loin de Besançon.
Vous y avez passé votre enfance ?
Oui et non, car tout au long de mon enfance nous avons très souvent déménagé. Mon père était fraiseur-tourneur de profession. Je ne sais pas s’il cherchait l’employeur parfait, mais il changeait très souvent d’entreprise et parfois même de métier. Je me suis ainsi retrouvé à Besançon, Saint-Dié-des-Vosges, Dijon puis Chalon-sur-Saône. Heureusement, j’étais bien accueilli dans mes nouvelles écoles. C’est là que j’ai passé mon certificat d’études, juste avant l’arrivée des Allemands qui occupèrent la moitié de l’école.
J’imagine que la guerre a dû bouleverser votre vie.
Mon père a été envoyé en Allemagne comme travailleur dans le cadre du STO (Service du Travail Obligatoire). Peu de temps auparavant, il m’avait inscrit à un cours par correspondance. Sans aide, je n’arrivais pas à suivre. Je me retrouvais seul avec ma mère, mais je ne restais pas inactif. J’allais dans une carrière boisée où je coupais du bois pour alimenter le feu de notre cuisinière.
J’étais alors sursitaire, mais un jour j’ai reçu une convocation en vue de partir moi aussi au STO. Un voisin de 18 ans venait juste d’être embarqué par la police. Fort heureusement, j’y ai échappé : la débâcle allemande est arrivée.
Au retour de votre père, vous avez trouvé un emploi ?
Je me suis essayé aux métiers de menuisier et d’horloger, mais, à l’usage, mes mains ne me permettaient pas physiquement de les exercer. C’est alors que mon père m’a dit : « Peut-être veux-tu te faire religieux ? » J’avais une vingtaine d’années. Je lui ai répondu : « Pourquoi pas ? »
Mon père est allé voir le curé. C’était au moment de la fête de Jean Bosco. Celui-ci a téléphoné aux salésiens qui lui ont répondu : « D’accord, qu’il vienne à Lyon comme postulant. »
C’était une sorte de mise à l’épreuve. Pendant un an, j’ai aidé l’économe à faire les courses avec une charrette dans les rues de Lyon. Ensuite, on m’a envoyé faire mon noviciat à La Navarre, que j’ai effectué sans difficulté.
D’emblée, je suis devenu coadjuteur — frère, comme on dit plutôt maintenant — mais je n’avais pas de métier. On m’a donc envoyé à Château d’Aix pour apprendre celui de tailleur, puis à Marseille pour me perfectionner. J’ai suivi cet apprentissage sans grande conviction.
Mais j’ai été amené à aider l’infirmier de l’école. Cela m’a beaucoup plu, si bien que j’ai demandé à me former dans cette direction. J’ai alors effectué plusieurs stages à l’Hôpital Saint-Joseph.
Mon sursis pour le service militaire touchant à sa fin, j’ai écrit à l’armée pour être incorporé dans le service de santé. À l’hôpital militaire, j’ai pu me former dans différents services et j’ai obtenu le diplôme du Caducée. J’en savais désormais assez pour m’occuper de l’infirmerie de l’école.

Fr. Georges Hopital avec Fabio Attard, Recteur majeur des salésiens.
Cette fois-ci, vous aviez trouvé le métier pour lequel vous étiez fait.
Oui. On m’a envoyé à Nice et j’y suis resté cinquante-trois ans à soigner !
Au fil du temps, les enfants étaient de plus en plus nombreux. Je recevais des jeunes tous les jours. À cause des ateliers techniques, j’ai vu des accidents assez spectaculaires. C’était parfois vraiment tendu, notamment lors des épidémies de grippe. Il y avait parfois cent élèves alités en même temps, car à cette époque on ne les renvoyait pas chez eux. On était vraiment imprudents.
Je n’arrêtais pas. Je ne sais pas comment j’ai tenu le coup. Si je n’avais pas été religieux, je n’aurais pas supporté un tel rythme. Heureusement, j’avais le chapelet.
Un jour, j’ai confié mon épuisement à mon supérieur. Résultat : je me suis fait enguirlander…
Plus tard, les comportements se sont améliorés. Dieu merci, il y avait aussi des périodes plus calmes. Là, j’étais heureux. Quand j’ai quitté Nice, je n’ai pas compris pourquoi je n’ai pas été remplacé. Un infirmier ou une infirmière, c’est important dans un établissement.
Qu’est-ce qui vous a séduit chez Don Bosco ?
Il a eu une vie extraordinaire. Malgré sa pauvreté, malgré son désir d’étudier alors que son frère s’y opposait violemment, il a persévéré. Je trouve cela admirable. Aller jusqu’à dormir sous un escalier pour payer ses études, il n’y a pas beaucoup de gens qui ont fait cela. Et puis il y a sa dévotion à la Vierge, Notre-Dame Auxiliatrice, qui l’a beaucoup aidé tout au long de sa vie.
Le fait que vous vous appeliez Hopital, cela n’a-t-il pas créé quelques ambiguïtés ?
Les jeunes pensaient que c’était mon surnom et, de fait, je n’en ai jamais eu. Somme toute, c’est une confusion heureuse !
Aujourd’hui, le frère Georges Hopital vit sa retraite à La Navarre, là même où il a commencé sa vie religieuse. Une retraite active, au point qu’on pourrait le comparer à une abeille butineuse tant il est sur tous les fronts pour rendre service.
Une retraite féconde, somme toute fidèle à toute sa vie.
Propos recueillis par Jacques REY