Quelle présence auprès de son enfant durant le confinement ?

22 avril 2020 à 12:19

Quelle présence auprès de son enfant durant le confinement ?

Pour répondre aux questions des parents, Laurence Ravier, directrice de l’école Nazareth à Nice, a sollicité Carole Monchant, psychologue.

Que dois-je faire si mon enfant n’arrive pas à se concentrer en ce moment ?

Si votre enfant est trop dispersé, c’est peut-être que quelque chose l’empêche de se concentrer. Parfois, prendre quelques minutes de votre temps pour essayer de savoir ce qui le préoccupe, pourra désamorcer son angoisse.

N’oublions pas aussi que nous sommes, peut-être parfois, aussi les vecteurs de ce stress. En effet, si on parle sans cesse de nos préoccupations ou que les informations tournent en boucle à la maison, cela peut entraîner de l’inquiétude pour l’enfant.

Autant que possible, limitez les écrans pendant les repas surtout les informations qui pourraient être une source d’angoisse. L’enfant ne va pas forcément vous montrer son stress mais cela va se percevoir lors du coucher (difficulté d’endormissement par exemple, un manque d’appétit ou à l’inverse envie de grignoter tout le temps pour compenser, agressivité entre vous ou envers son frère ou sa sœur,…).

Si vous percevez un changement dans l’attitude de vos enfants, n’hésitez pas à parler de votre ressenti sur leur comportement afin qu’ils puissent aussi vous parler de ce qu’ils ont à l’intérieur d’eux-mêmes car ils n’en n’ont pas forcément conscience, selon l’âge. Exemple : « Je te sens en colère et j’aimerais comprendre ce qui se passe. Explique-moi ce que tu ressens en ce moment ? » Si cela n’est pas suffisant, vous pouvez utiliser des supports (dessin, livre, etc ) pour favoriser la parole.

 

Si votre enfant est angoissé à l’idée d’aller dormir à cause du Coronavirus ?

Le moment du coucher est souvent facteur de stress car l’arrivée de la nuit approche et c’est aussi le moment où l’enfant se sépare de vous, ses parents pendant la nuit. Ce phénomène de crainte est d’autant plus favorisé, que le confinement, ne permet pas la séparation, dû au temps de l’école, d’où parfois l’envie de ne plus vous quitter, de peur qu’il vous arrive quelque chose dans la nuit.

Rassurez votre enfant, au travers une histoire, en le valorisant sur le fait que vous comptez sur lui pour qu’il dorme afin de vous permettre de terminer vos tâches quotidiennes.

Pour les plus petits, continuez les rituels que vous faisiez pour le coucher afin de ne pas changer les habitudes des enfants.

Gardez les horaires où vous couchez les enfants pendant la semaine comme s’ils allaient à l’école.

 

Est-ce grave si je laisse mon enfant devant les écrans pendant que je télé- travaille ?

Dans la limite du possible, il est vivement recommandé d’encourager votre enfant (selon l’âge de votre enfant) à limiter son temps sur les écrans en lui donnant un emploi du temps à suivre. Cela pourra l’aider à savoir ce qu’il doit faire dans la journée et cela vous aidera également à garder une organisation familiale.

Si vous le pouvez et avez envie, c’est peut-être le moment de partager et de découvrir avec votre enfant ses centres d’intérêt. En jouant avec lui ou elle, vous allez pouvoir, vous mesurez à eux (ils sont parfois plus forts que nous, cela leur plait beaucoup d’ailleurs mais c’est également l’occasion de les valoriser et de percevoir leurs compétences), de comprendre ce qui les animent au travers leurs jeux vidéo préférés, d’expérimenter et aussi de voir si leurs jeux sont adaptés à leur âge. Cela pourra vous permettra d’accéder à leur monde et ainsi, de mieux pouvoir communiquer avec eux. En faisant cela, vous leur permettez de jouer aux jeux vidéo mais en leur fixant un temps limité et en ayant un moment de partage attendu par tous. Car vous aussi, cela pourra vous déconnecter, d’une certaine façon de votre activité traditionnelle.

 

Seule avec mon enfant qui me sollicite beaucoup, je culpabilise de ne pas arriver à m’en occuper car j’angoisse trop ?

Parfois, le stress peut-être tellement envahissant qu’il empêche de réfléchir et d’agir. Essayez dans un premier temps, d’expliquer à votre enfant que vous prenez en compte sa demande mais que pour le moment, vous n’êtes pas disponible et si vous le pouvez, dites-lui (à la seule condition que vous vous y tiendrez) que vous allez lui consacrer du temps à un moment de la journée et lui dire à quel moment. Il est préférable de tenir vos promesses et de privilégier la qualité que la quantité.

Puis, dans un second temps, faites appel à un proche en lui exprimant vos angoisses car parfois le simple fait de parler libère les angoisses. Et si cela n’est pas suffisant, n’hésitez pas à faire appel à un professionnel qui vous aidera à comprendre ce qui vous paralyse afin de pouvoir vous libérer de cette angoisse.

Il est important de ne pas restez isolé. Aussi, pour ceux et celles qui le peuvent, restez au chaud ne signifie pas se couper de tout lien social. Utiliser ce temps de latence peut nous permettre d’accomplir des choses que nous n’avions pas le temps de faire en temps normal (exemple : prendre le temps de téléphoner à nos proches, de lire, de parler à nos enfants, de jouer avec eux à leurs jeux préférés pour nous imprégner de leurs centres d’intérêts, de cuisiner, de faire le tri dans nos placards, etc) mais cela peut également susciter des angoisses, des troubles du sommeil,… chez certains. Nos enfants étant dépendants de la façon dont on réagit et dont on va traiter l’information que l’on reçoit.

Je ne détiens pas la vérité mais je me dis, tout simplement, que ce temps de confinement est l’occasion d’observer et de mesurer la chance d’être, certes peut être au travail à la maison tout en gérant les devoirs des enfants sans devenir « chèvre », mais de tenter de relativiser, par rapport à tous ceux et celles qui se battent pour sauver des vies, et qui n’ont pas la chance de se préserver comme nous pouvons le faire en restant à la maison.

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