Don Bosco et le songe des neuf ans

8 juin 2024

Don Bosco et le songe des neuf ans

En 1824, alors qu’il est âgé de neuf ans, saint Jean Bosco (1815-1888), prêtre italien et éducateur, a fait un rêve qui allait changer sa vie…

 

Vers l’âge de neuf ans, Jean Bosco fit un rêve qui a tenu une place privilégiée dans l’histoire de son âme. Nous ne connaîtrons jamais son contenu exact, mais Don Bosco l’a formalisé dans un récit oral, fait pour la première fois en 1858, presque quarante ans plus tard, à la demande insistante de Pie IX qui désirait saisir l’action de Dieu agissant à travers cet humble prêtre venu présenter son projet de fondation. Il le confia ensuite à quelques disciples, avant de le fixer par écrit dans ses « Mémoires de l’Oratoire », vers 1873.

« Qui sait si tu ne seras pas prêtre ? »

Maman Marguerite 220x232

Marguerite, mère de Don Bosco.

Ce songe peut être qualifié de sacerdotal. Nous en trouvons plusieurs indices : la volonté de Marguerite, sa mère, d’envoyer Jean à l’école se comprend mieux si on y voit le désir de favoriser la vocation de prêtre qu’elle perçoit chez son enfant. Elle interprétera le rêve comme un appel : « Qui sait si tu ne seras pas prêtre ? »

Voici comment Don Bosco a reconstitué ce songe :
« Pendant mon sommeil, j’eus l’impression de me trouver près de chez moi, dans une cour très spacieuse où s’étaient rassemblés une multitude d’enfants qui s’amusaient. Certains riaient, d’autres jouaient, beaucoup blasphémaient. Sitôt que j’entendis ces blasphèmes, je m’élançai parmi eux et, usant de la voix et des poings, je cherchai à les faire taire. À ce moment apparut un homme d’allure majestueuse, dans la force de l’âge et magnifiquement vêtu. Un manteau blanc l’enveloppait tout entier. Quant à son visage, il étincelait au point que je ne pouvais le regarder. Il m’appela par mon nom et m’ordonna de me mettre à la tête des enfants. Il ajouta : ‘ce n’est pas avec des coups, mais par la mansuétude et la charité que tu devras gagner tes amis que voici. Commence donc immédiatement à les instruire de la laideur du péché et de l’excellence de la vertu.’

Confus et effrayé, je répondis que j’étais un pauvre gosse ignorant, incapable de parler de religion à ces enfants. Alors les gamins, cessant de batailler, de crier et de blasphémer, vinrent se grouper autour de celui qui parlait. Presque sans réaliser ce qu’il m’avait dit, j’ajoutai : « Qui êtes-vous qui m’ordonnez une chose impossible ? – C’est justement parce que ces choses te paraissent impossibles que tu dois les rendre possibles par l’obéissance et l’acquisition de la science. – Où, par quels moyens pourrai-je acquérir la science ? – Je te donnerai la maîtresse sous la direction de qui tu peux devenir un sage et sans qui toute sagesse devient une sottise. – Mais qui êtes-vous, pour me parler de la sorte ? – Je suis le fils de celle que ta mère t’a appris à saluer trois fois par jour. – Ma mère m’a dit de ne pas fréquenter les inconnus sans sa permission : dites-moi votre nom. – Mon nom, demande-le à ma mère. »

Le bon pasteur et les agneaux

La maison natale de Don Bosco, dans le hameau des Becchi

« À cet instant, je vis près de lui une dame d’aspect majestueux, vêtue d’un manteau qui resplendissait de toutes parts, comme si chaque point eût été une étoile filante. Remarquant que je m’embarrassais toujours plus dans mes questions et mes réponses, elle me fit signe d’approcher et me prit doucement par la main : « Regarde », me dit-elle. Je regardai et m’aperçus que tous les enfants s’étaient enfuis. À leur place, je vis une multitude de chevreaux, de chiens, de chats, d’ours et d’autres animaux. « Voilà ton champ d’action, voilà où tu dois travailler. Rends-toi humble, fort et robuste. Et ce que tu vas voir se produire maintenant pour ces animaux, tu devras le faire pour mes fils. » Je détournai alors les yeux. Et voici que remplaçant les terribles bêtes, apparurent autant d’agneaux pleins de douceur qui bêlaient et gambadaient en tous sens comme s’ils fêtaient cet homme et cette femme.

« Toujours dans mon sommeil, je me mis alors à pleurer et demandai qu’on voulût bien parler de manière compréhensible, car je n’entendais pas ce que l’on voulait me signifier. Elle me mit alors la main sur la tête et me dit : « Tu comprendras tout en son temps. » à ces mots, un bruit me réveilla et tout disparut. »

Si le lendemain, les interprétations des membres de sa famille furent diverses, Don Bosco était convaincu d’avoir communiqué cette nuit-là avec Jésus et sa Sainte Mère. Il connaissait les grands rêveurs de la Bible, tel Joseph, racontant son rêve à ses frères et celui de l’évangile, époux de Marie.

 

Père Jean-François MEURS
Salésien de Don Bosco

Mot du jour