Espérance qui me fait vibrer ?

11 avril 2020 à 5:00

Frère Alban PELLETIER, sdb.

Aujourd’hui c’est samedi. C’est la veille de Pâques. Pour nous, chrétiens, c’est le samedi saint, et c’est fondamentalement… un jour sur lequel on ne sait justement pas grand-chose ! Pas de récit dans les évangiles, pas de célébrations particulières. L’ennui, le vide. Les disciples sont chez eux, déprimés, ils attendent.

Ce disciple qui attend seul, c’est peut-être comme l’acteur de film américain qui attend désespérément la fille avec qui il avait rendez-vous, c’est peut-être moi qui ai été déçu par un ami et me retrouve seul, à ne plus savoir à qui faire confiance, peut-être même pas à moi-même, je ne me trouve pas à la hauteur des responsabilités qui peuvent m’être confiées…

La question qui se pose alors c’est : dans cette attente, cet ennui, cette déception, ce désespoir, qu’est-ce qui me fait tenir ? Quel es le souvenir, le projet, le visage, la relation, qui fait que je m’accroche, que j’accepte d’attendre, que j’accepte de traverser ce temps de solitude, parce qu’il y a derrière quelque chose qui en vaut la peine ?

Et c’est un jeune qui, se confiant à ses camarades lors d’une soirée de partage, m’a appris ce que ça voulait dire s’accrocher, espérer : « L’objet que je veux vous présenter, c’est cette pierre bleue, découverte dans un mur quand j’étais enfant. Une pierre si particulière que je l’ai gardée comme porte-bonheur. Plus tard, lors d’un accident, j’ai eu les tendons du poignet sectionnés. Médecins et famille me disaient que je ne pourrais plus jamais me servir de cette main. Mais moi je tenais ma pierre. Oh, je sais bien qu’elle n’a pas de propriétés magiques, mais avec elle rien ne pouvait m’arriver. Je savais que je guérirais. J’ai finalement été opéré, et ma main, vous la voyez aujourd’hui, elle fonctionne. »

Un objet, une image, un souvenir d’un bon moment, un engagement que j’ai pris, des gens qui comptent sur moi, un projet : quel est ce petit point, même anodin, qui donne du sens à cette attente, du sens à ce que je vis ? Quel est cet essentiel caché au cœur de ma vie et qui fait qu’elle vaut la peine d’être affrontée ? Est-ce que je saurai le mettre en mots ?

Et le mettre en mots non seulement pour moi, mais aussi pour les autres. Cette expérience de ce qui me fait sortir de la solitude, de l’isolement, vaut le coup d’être partagé ! Cette pierre bleue ne prend de sens que parce qu’on peut en témoigner à ses proches, à ses amis, c’est là qu’elle devient joie. L’attente de notre acteur américain ne prend de sens que lorsqu’il peut enfin témoigner à son aimée, une fois qu’il l’a retrouvée, combien cette attente lui a fait prendre conscience de combien il l’aime.

Le combat intérieur pour pardonner à cet ami qui m’a déçu ne prend de sens. Mon absence de confiance en moi se trouve transfigurée quand je trouve en moi un talent, même minime, que je peux partager aux autres, quelque chose à apporter. C’est peut-être cela qui permettra aux disciples, demain, d’accueillir l’annonce de la résurrection de Jésus et d’oser aller la proclamer au monde, alors qu’elle tient à si peu… un tombeau vide…

Et moi, avec qui vais-je partager cette espérance qui me fait vibrer ?

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