Marie, exemple d’un cœur ouvert et disponible

24 mai 2026

Marie, exemple d’un cœur ouvert et disponible

Habités par Dieu, comme Marie, nous nous considérons comme appelés et envoyés. 

« Dans ce même temps, Marie se leva, et s’en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda » (Lc 1,39). Peu de mots, mais pleins de sens. Ces gestes simples et résolus révèlent la structure intérieure d’un cœur qui a laissé Dieu y prendre véritablement demeure. Le départ de Marie n’est pas un départ comme les autres : c’est la réponse d’une vie recueillie, d’une âme qui, ayant appris à écouter et à discerner, parvient ensuite à répondre. Marie, après avoir vécu l’expérience de l’Annonciation, ne s’attarde pas à analyser ce qui vient de lui arriver. Marie ne se referme pas sur l’intimité de son expérience, extraordinaire et profonde, en la gardant pour elle. Au contraire, elle se laisse modeler et guider par la Parole. Et elle se met en route vers l’autre.

Le chemin de Marie est un parcours spirituel : elle a accueilli le Verbe, et c’est désormais le Verbe qui habite en elle et qui l’oriente vers son prochain. Celui qui aime véritablement parce qu’il se sent aimé de Dieu oublie sa propre personne et se met au service de son prochain. Marie nous enseigne que l’ouverture du cœur n’est pas une vertu accessoire, mais la manière dont l’amour de Dieu prend forme dans la vie de ceux qui croient en Lui. 

Disponibilité : sortir d’une vision étroite

Habités par Dieu, comme Marie, nous nous considérons comme appelés et envoyés. L’action de Marie s’oppose à une vision de la vie fondée sur un « moi » indisponible, replié sur lui-même. Lorsque nous décidons de n’observer le monde que depuis un point de vue restreint, nous risquons d’en arriver à la conclusion que notre opinion contient toute la vérité. C’est la tentation de toujours : réduire la réalité à ce que nous avons déjà vu, mesuré, programmé. Notre façon de penser et de voir devient la seule et unique mesure.

Marie nous montre que l’ouverture du cœur consiste avant tout à se défaire de son propre égoïsme. Lorsque l’on reste fermé sur soi-même, au lieu de se laisser guider par la charité, on perd ce mouvement du cœur qui reçoit le don de Dieu pour ensuite aller vers son prochain. La véritable disponibilité du cœur n’est pas une décision humaine. C’est avant tout une grâce qu’il faut invoquer, recevoir librement, garder précieusement et exercer chaque jour. On ne va pas vers l’autre de manière pleine, libre et joyeuse si l’on ne laisse pas Dieu vivre dans notre cœur. Puisse-t-Il être Celui qui ouvre nos cœurs, qui ouvre grand nos yeux à ce qui dépasse notre logique humaine, si petite et si pauvre.

Se vider de soi-même est la première forme d’amour

Dans une culture comme la nôtre, il existe un risque subtil d’autoréférentialité : celui de croire que notre identité se construit en se regardant soi-même, comme dans un miroir de plus en plus petit. Marie nous montre une autre façon d’aborder la vie : elle recentre toute son existence sur la présence de la Parole dans son cœur, puis sur les besoins d’Élisabeth. Un choix qui place les nécessités du prochain comme un appel issu de la relation avec Dieu. C’est pourquoi elle part en hâte vers ceux qui sont dans le besoin.

La véritable disponibilité trouve ses racines dans le courage de se remettre en question, de renoncer à soi-même, même lorsque cela semble être une perte. Il ne s’agit pas d’une générosité ostentatoire, mais d’une liberté intérieure qui naît de la découverte que je ne peux être moi-même qu’en me donnant à l’autre de manière radicale. Ici, le cœur ouvert et disponible n’est pas la conquête d’un trophée, mais un abandon à la volonté du Père.

 Ce n’est pas un geste de bonté, mais une obéissance à Dieu qui habite le cœur

Marie ne se rend pas chez Élisabeth simplement parce qu’elle pense, d’un point de vue humain, que sa cousine âgée a besoin d’aide. Cette visite chez sa cousine n’est pas un geste de bonté : c’est la présence du Fils qui, dans le sein maternel, façonne sa Mère à son image. Le cheminement de Marie vers Élisabeth est la mission même de Dieu, qui prend la forme d’un chemin vers l’autre.

La visite de Marie est une mission qui est le fruit de la venue du Fils en elle. Car lorsque Jésus devient vraiment une partie de notre vie, tout ce que nous sommes et faisons découle de cette source unique. C’est de la rencontre personnelle avec le Christ que jaillit la mission. 

Disponibilité inconditionnelle : au-delà des résultats

Face à ce choix libre et généreux de Marie, notre désir de l’imiter est marqué par une tentation très subtile mais toujours présente : celle de vouloir voir quels résultats auront nos choix. Marie, qui se met aussitôt en route, nous démontre la décision d’un cœur déjà comblé, qui ne cherche ni sécurité ni certitude en dehors de lui-même. Car la mesure de la mission et de son succès réside dans sa relation vivante avec la Parole qui l’habite.

Marie, icône du cœur libre – Parole, foi et charité

Le Cardinal Martini nous offre une réflexion brève mais dense et essentielle : la Parole est la semence, la foi est le sein qui accueille, la charité est le fruit qui naît. Marie est la femme qui a vécu cette dynamique dans sa plénitude : avec humilité, elle accueille la Parole ; avec foi, elle se lève en toute hâte ; avec charité, elle se donne elle-même. Son départ « en hâte » traduit ce geste de charité qui reflète un cœur libre et libérateur, éclairé par la Parole qui soutient sa foi.

Un cœur ouvert et disponible n’est pas un cœur sentimentalement bon : c’est un cœur qui a appris à vivre dans la tension entre l’annonce reçue et assumée, et le frère et la sœur qui attendent, entre la grâce intérieure et la route à suivre, entre le mystère de Dieu et la réalité concrète des besoins humains.

Marie nous enseigne qu’il ne faut pas attendre d’avoir tout compris pour se mettre en route.

P. Fabio ATTARD
Recteur majeur des salésiens de Don Bosco

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