L’espérance sur le visage du frère

28 mai 2020 à 6:00

Mot du jour par Nicole Maillard

 

Il y a 24 ans, à peu près jour pour jour nous apprenions, ébahis, l’exécution de 7 moines cisterciens, à Tibhirine, en Algérie.

Ils ont été arrêtés dans leur monastère fin mars. 5 à 6 semaines d’attente anxieuse, plus ou moins crédule, face aux menaces de leurs ravisseurs et malgré les milliers de morts algériens et français dont des religieux et religieuses.

Hommes de paix, de dialogue avec les croyants musulmans, ils sont reconnus pour leur indéfectible espérance . Pour la vivre, ils ont choisis de rester ensemble unis aux heures sombres. N’être qu’un pour vivre leur foi en Dieu, en l’homme.

Par leur vie, ils expriment qu’on ne possède pas Dieu ; on ne possède pas la vérité. « On a toujours besoin de la foi de l’autre pour croire » comme le disait Mgr Claverie, évèque d’Oran.

Ce témoignage des frères de Tibhirine, me parait être un magnifique reflet du texte d’aujourd’hui. Ce matin, nous écoutons Jésus prier son Père à voix haute pour ses apôtres, ses disciples, pour toi, pour nous. L’intime de son cœur, de toute sa vie, dans un « bouche à oreilles ». Il y a quelque chose d’inouï.

« Père, que tous soient un, pour que le monde croit »

Silence. On ne comprend pas tout. Les questions viendront après. Une douceur inonde. On sent que chaque mot révèle l’amour. On a besoin de temps. Il s’en faudrait de peu pour qu’on ait envie de s’arrêter là. On connait tous ces moments où l’on vit quelque chose de si fort, de si intense, qu’on a envie de le figer.

Pourtant ces paroles, comme des pierres à bâtir ont pris la légèreté et la force d’un appel à vivre pour les moines de Tibhirine.

Ils sont restés unis, présence unique, et propre à chacun, pour que chrétiens et musulmans vivent leur foi.

Depuis des mois, ils avaient choisi de méditer ensemble et chacun, les paroles d’un psaume « O Dieu, mon espérance » auxquelles ils avaient adjoint « sur le visage de chaque homme ».

Peut être pouvons nous la laisser aller cette invitation, toujours devant nous, ne pas la classer dans un dossier de notre cœur mais l’entendre, vivante, nous appeler : « O Dieu mon espérance, sur le visage de chaque homme »

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