L’histoire de Jenny

30 mai 2020 à 6:00

Mot du jour par Laurane Steyer

C’est l’histoire de Jenny, Jenny est une petite fille aux yeux couleur noisette et aux cheveux châtains. Quand ses cheveux lui tombent dans les yeux, elle les écarte. Mais sa main ne va pas directement à son front. Elle décrit d’abord une volute dans l’air et ensuite seulement, Jenny écarte les cheveux de ses yeux.

Voyez-vous, Jenny n’est pas tout à fait comme les autres petites filles. Pas comme les autres ? Non, elle est un peu différente.

Jenny me fait penser à une rose bleue. Vous avez déjà vu une rose bleue ? Il y a des roses blanches, des roses jaunes, des roses roses et beaucoup de roses rouges mais des roses bleues ? Qui n’aimerait avoir une rose bleue dans son jardin ? Les gens viendraient de loin pour la voir. Elle serait étrange, singulière et belle. Jenny aussi est singulière, et elle est donc comme une rose bleue.

Vous savez, on dit que lorsqu’un petit chat perd sa queue, il acquiert une oreille plus fine. C’est vrai que la queue des chats les aide à courir. Mais un petit chat sans queue entend mieux et il dresse l’oreille plus rapidement que les autres quand quelqu’un approche. Il y a des gens qui ignorent que ce petit chat à l’ouïe fine. Ils ne voient que la queue qui lui manque. Il y a des enfants qui se moquent de lui méchamment : Il a pas de queue, il a pas de queue !

Parfois Jenny court vers sa maman et se serre très fort contre elle, sans raison apparente, du moins sans raison apparente à nos yeux. C’est ainsi que nous nous sommes rendu compte que l’univers de Jenny est différent du nôtre, qu’il nous est inconnu.

Il m’arrive de penser que Jenny est comme un oiseau avec des ailes très courtes. Il lui est très difficile de voler : il doit se donner plus, déployer plus de force, prendre plus de temps. Pour un oiseau qui a des ailes normales, voler semble naturel. Mais l’oiseau qui a des ailes plus courtes doit faire un effort plus grand pour apprendre. En un sens, il doit être plus habile. Nous devons donc nous rendre compte de tout ce que doit faire Jenny pour arriver à apprendre quelque chose.

Mais il y a une autre Jenny, une Jenny qui, par un après-midi froid et venteux, reste dans un fauteuil, toute seule, et se balance, sa poupée dans les bras. Elle est inquiète et troublée et dit doucement : « Maman, Louis dit que je suis retardée. Qu’est-ce que ça veut dire, maman, retardée ? A l’école, ils disent tout ça et puis ils rigolent… »

Il y a beaucoup de choses que Jenny ne comprend pas. Et à propos de Jenny, il y a beaucoup de choses que les gens ne comprennent pas : que Jenny est comme un petit chat sans queue ; que Jenny est comme un oiseau qui a des ailes trop courtes et qui a besoin de protection. Jenny est comme une rose bleue, délicate et jolie et comme il y a peu de roses bleues, on ne les connait pas très bien. On sait seulement qu’il faut en prendre grand soin et les aimer beaucoup…

(Extrait du Readers’digest)

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